lundi 19 octobre 2009

Boom

J’étais au bureau, plongé dans mon travail quand tout à coup une détonation se fit ressentir non loin de là, bientôt suivi d’une seconde puis d’une troisième… La rumeur venant de la rue se faisait de plus en plus grande, et je me penchai à la fenêtre pour observer la scène. Un épais nuage de fumée noire s’élevait dans le ciel à quelque mètre de mon lieu de travail. « Dehors ça sent le pétrole !» nous signala un collègue. A la hâte, tous les membres de mon bureau se groupèrent au niveau de la fenêtre à essayer de saisir le plus d’informations. On pouvait voir les employés de la zone alentour courant sur la route en direction opposée au foyer des explosions. Même les cuisinières quittèrent leur cabanon pour prendre la fuite.
Au bureau, dans le doute, on a groupé les affaires, puis comme la pause de midi arrivait à grands pas et qu’une coupure de courant s’est invitée à ce moment là, nous avons d’un commun accord décidé de quitter les lieux purement et simplement. N’empêche qu’en sortant de la zone, on a vu que l’entrée y était désormais interdite. Au retour du manger, nous constatâmes que l’incendie avait été vite maîtrisé par les pompiers. On n’a pas vraiment su ce qui avait pris feu, ni quelle était la provenance des explosions.

mardi 6 octobre 2009

"Pas de stress chez Plan express"

Il y a des fois où on a l'impression que tout ne se déroule pas comme d'habitude. Je me rappelle un de nos profs particulièrement ennuyeux qui avait un don particulier. Il avait ce talent qui lui permettait, tel un sorcier vaudou, de pouvoir ralentir le temps. Quand on entrait dans sa salle, les pendules semblaient se figer à tout jamais sur 8H00. J'ignore s'il avait acquis ces connaissances en sorcellerie lors d'un passage chez nos voisins animistes, mais j'ai fortement pensé à cela quand je suis arrivé chez "plan express".



La semaine dernière, on m'a confié une mission de la plus haute importance. Aller chez "Plan express" pour y tirer 5 exemplaires de chacun de nos plans pour
le projet.

Cette missive, provenant d'une haute instance hiérarchique, m'est revenue tout naturellement quand pour une raison inconnue, chacun de mes petits camarades
s'est trouvé maladif au moment de désigner l'heureux élu pour une virée chez notre imprimeur favori.

C'est le début de l'après midi, le temps est assez lourd.
Je prends mon courage à deux mains, et me mets en route dans la joie et la bonne humeur. Je prends place au volant de ma charrette bleue réputée dans le tout Abidjan, et rebaptisée (à juste titre d'ailleurs) le "worô-worô" par mes collègues.
Je vérifie les rétroviseurs, boucle la ceinture et full contact.
Mais bientôt, les embouteillages (fort nombreux vers 14H), les mauvais conducteurs, les différentes senteurs d'oxydes de souffre et autre protoxydes d'azotes, toutes plus parfumées les unes que les autres, la chaleur et l'humidité régnants, commencent leur grand travail de sape pour mon moral. J'arrive chez l'imprimeur, trempé, et de mauvaise humeur.
Une fois à l'intérieur, après avoir demandé à deux ou trois personnes le chemin à suivre, je découvre tout le matériel classique d'une imprimerie. Je me dis
"chouette ça ne devrait pas durer longtemps...." ~qu'est-ce que j'ai été naïf encore une fois~

J'ouvre la porte et je bascule dans l'autre monde. Le préposé aux plans (appelons-le M. le boss) semble s'extirper de ses rêveries les plus insolites.
J'entame alors la conversation : bonjour, je voudrais imprimer des plans... bla... bla et bla.
"Il n'y a pas de problèmes" me répond mon interlocuteur. (super)
Un quart d'heure après il n'y a toujours aucun tirage de sorti, et ce, pour des raisons multiples (vérification des appareils, de l'horloge et que sais-je encore...)
Bon, comment on les plie, ces plans ? Et celui-là vous ne voulez pas changer le format ? Lui il est trop grand je ne peux pas le plier (ou la la , ça commence mal)
Après moult réglages et préparatifs, les plans sortent au rythme lent mais continu de la grosse machine. Or, entre temps, de nouveaux clients sont apparus et
viennent perturber la scène qui se déroulait pourtant paisiblement.
Il y en a un qui veut une copie de son plan en calque, l'autre qui veut des formats un peu spéciaux, ou des matériaux insolites.
L'employé me lance "comme il n'a qu'un seul plan à tirer je vais le faire passer avant vous !", et il refait les réglages pour le veinard.
Là, ça commence à chauffer intérieurement, j'étais là le premier et je me retrouve avec la moitié des dessins d'achevés d'un côté et des électrons libres venus déranger M. le boss dans son activité méthodique de l'autre. D'ailleurs, M. le boss sans perdre de son flegme qui le caractérise tant, tente autant que faire se peut de répondre à toutes ces demandes simultanées. Mais je sens qu'il sera bientôt débordé si un élément perturbateur venait à s'inviter dans l'action.
Et bientôt chacun réclame un service à l'employé. La salle ne désemplit pas et s'en trouve bientôt franchement animée et je me demande comment je vais me sortir de ce pétrin dans lequel je me suis fourré. Je ne peux plus rebrousser le chemin, il faut à tout prix que je récupère l'objet de mon déplacement. Cela fait sûrement plus d'une heure que je suis entré en ces lieux et je regrette sincèrement de ne pas avoir pris un moyen de distraction quelconque. Je voyais encore de nouveaux clients arriver avec de multiples requêtes pour submerger encore un peu plus celui qui devait m'imprimer mes plans. Et la salle ne désemplissait pas, avec ce bruit de fond qui casse les oreilles de chacun.
Et c'est à ce moment que le téléphone à jugé bon de se mettre à sonner, comme si tout ce bordel ne suffisait pas. M. leboss s'est figé dans une expression fort singulière. Là j'ai pensé à un truc informatique "buffer overflow" je ne suis pas sûr de ce que cela signifie, mais je trouve que ça correspondait bien au moment. Un peu comme si M.leboss était un processeur qui venait d'atteindre son traitement maximum d'information. M.Leboss (après une mûre réflexion) se
tourne alors vers l'objet qui sonne (driiiiiiiing driiiiiing) sans déplacer de poussière et une fois arrivé devant attend que la sonnerie retentisse à nouveau avant de décrocher et d'entamer la conversation avec bonhomie. A ce moment-là je n'en peux plus, je me demande ce que je fous là au milieu de ce bordel sans nom. La scène vire alors au burlesque, ou au grotesque, je ne sais plus, d'ailleurs je crois qu'à cet instant, une partie de mon âme a abandonné mon être et a tenté de s'échapper de ce lieu maléfique qui sentait sûrement un peu trop la sueur.
Quand soudain apparaît un nouveau larron, le sourire jusqu'aux oreilles, et l'air pas franchement décontracté. Il a réussi à se faufiler jusqu'au comptoir et M. le boss s'approche de lui pour poser la question fatidique "que voulez-vous ?" Et l'autre de répondre avec sa mine enjouée en pointant la porte des cabinets avec son index droit "oui, je peux aller uriner ?"
J'avais oublié à quoi servait ce lieu... (ce comportement est finalement assez rare puisqu'on peut voir tout le monde pisser dans la rue plutôt tranquillement) Mais où suis-je ?

A la suite de cette après-midi mémorable, je suis rentré chez moi le coeur léger, je me suis dit que plus rien ne pouvait m'arriver, et qu'après avoir autant rongé mes ongles, je pouvais patienter dans les files d'attentes des plus grandes attractions ou des musées les plus réputés au monde sans m'ennuyer outre mesure.
Merci Plan express.

Nota: Pour des raisons de sécurité, certains protagonistes de l'histoire ont été floutés ou rendus anonymes. La société Plans Express S.A.R.L n'existe point, toute ressemblance avec une entreprise, physique ou morale, existant, ou ayant existé, serait purement fortuite, indépendante de ma volonté, et franchement abracadabrantesque.


Pour terminer -> une note du rédacteur. Il n'est pas du tout interdit de laisser un commentaire, une impression, ou même une remarque ou une insulte. J'ai cru comprendre que souvent les commentaires ne marchent pas, eh bien envoyez un petit mail, vous avez mon adresse de toute façon. La fréquentation n'a pas baissé alors pourquoi les commentaires le devraient ?
Et si vous avez des idées à me suggérer c'est bienvenu également. Je commence à avoir du mal à trouver de l'inspiration pour ce blog...

vendredi 25 septembre 2009

Je vois que certains s'impatientent.
Oui on n'a pas toujours le temps de raconter ce qu'il se passe ici.

Alors dans l'ordre : fêtons dignement l'arrivée d'un nouvel adepte de la Biafine et d'Abidjan, c'est-à-dire un certain "Olivier".
On en est maintenant à notre 8 ème abonné et je trouve cela tout simplement inespéré.

Ensuite : dans la rubrique "nature et découverte et produits du terroir" voyez un peu la photo ci-dessous.

On y trouve, dans le sens de l'écriture : eau de vie de cacao, goyave, poire d'eau et miel.
L'eau de vie est un produit que l'on trouve au supermarché au rayons alcool entre les liqueurs de café, la crème de whisky et l'eau de vie de framboise. Pourtant cet alcool est bien conçu et mis en bouteille ici au pays.
Ensuite, la goyave. Franchement je n'ai pas trop aimé. Je ne sais pas si c'est la texture ou le gout qui m'a déçu mais je ne pense pas en racheter de si tôt. De plus je n'en avais jamais trouvé avant, et je me demande si c'est vraiment la saison ou le coin pour ce genre de fruit.
En avant dernière position : la poire d'eau. Son gout est proche de la poire de l'hexagone. Elle a une peau rose/violacée, une chair blanche et un gros noyau. Mais ça rafraîchit.
Enfin, conditionné dans une bouteille de soda très connu, du miel. Il est censé être super pur et bon et avec de la gelée royale, et rempli de bonnes vertus, mais après en avoir bu quelques gouttes et avoir eu mal au ventre, on m'a fait comprendre qu'il devait être coupé à l'huile de palme ou similaire. (vu mes maux de ventre j'ai même suggéré huile de vidange)
Admirez un peu en fond un superbe sèche-plat et du carrelage vintage.

Aujourd'hui je célèbre aussi le retour du courant à la maison. Car cela fait la troisièmem fois qu'on me le coupe. Les seules coupures de courant que j'ai subies ne viennent pas d'une panne du réseau...

Et pour finir : quelques proverbes

- Celui qui est impatient d'avoir un enfant épousera une femme enceinte.
- Le serpent oublie qu'il a mordu la poule, mais la poule n'oublie jamais !
- Sarcle tous tes plants de sorgho, tu ne sais pas lequel portera fruits et lequel restera stérile.
- Le crapeau aime l'eau, mais pas l'eau chaude...
- Si la porte est fermée, n'hésite pas à passer par les fenêtres
- Si la porte est ouverte, ça ne sert à rien de passer par les fenêtres
- Même le poisson qui vit dans l'eau a toujours soif
- Les marques du fouet disparaissent, la trace des injures, jamais
- Au lieu de toujours donner du poisson à quelqu’un, apprends-lui à pêcher
- La violence du vent n'enlève pas les tâches du léopard
- Celui qui ne se trompe pas, c’est celui qui ne fait rien
- Qui flatte le crocodile peut se baigner tranquille
- Si le sol te brûle les pieds c'est que tu ne cours pas assez vite
- Même la poule noire pond des oeufs blancs !
- La petite fourmi noire peut entrer chez l'homme, mais cet homme ne peut entrer chez elle !
- Si tu te tapes la tête contre une cruche et que sa sonne creux, n'en déduis pas forcément que c'est la cruche qui est vide

mardi 8 septembre 2009

Gaston

Il y a un petit détail de la vie quotidienne abidjanaise dont je voudrais vous faire part.
- La façon de décrocher le téléphone. -
C'est incroyable mais même dans les gestes les plus insignifiants de la vie quotidienne, on peut noter énormément de divergences entre nos cultures.
Décortiquons un peu la façon de faire chez les blancs. On se précipite sur son téléphone portable dès que la sonnerie retentit, et on décroche immédiatement pour dire un truc du genre "allô". La sonnerie est parfois folklorique mais depuis quelques années on préfère souvent mettre le vibreur, ou à défaut une sonnerie sobre.
Or, chez nos confrères ivoiriens adeptes de la téléphonie sans fil, le rituel est tout autre. D'abord on paramètre son téléphone non pas sur le mode silencieux, pas non plus sur le mode "normal" mais sur le mode "bruyant", "alerte rouge", "attaque nucléaire" ou similaire. Le mode vibreur ne doit pas exister ici ou alors être proscrit sous peine d'amende.
Puis dès que retentissent les premières notes de la 40ème symphonie de Mozart version gémissement électronique en solo d'un nokia bas de gamme enroué, le temps semble se figer. Chacun porte le regard sur le propriétaire du téléphone cellulaire (comme on aime les appeler ici), qui lui ne bouge pas d'un cil pendant 4 sonneries, ou disons 15 secondes. Ces 15 secondes durent une éternité et créent une tension dans la pièce. Début de stress pour les tympans. Une fois les 4 sonneries passées, le destinataire du coup de (sans) fil, sans complexe et d'une manière très décontractée, pose lentement le regard sur son téléphone afin d'y déchiffrer à l'écran celui (ou celle) qui tente de le joindre. Ce geste dure 2 sonneries d'attente exactement. Sachant que même s'il attend l'appel d'un ami, même si on est en situation d'urgence, il faudra laisser s'écouler ce laps de temps.
Enfin, quel que soit le nom de l'appelant ou le numéro qui s'affiche à l'écran, l'initiateur de toute cette agitation consent à décrocher et faire cesser cette lente agonie pour nos petites oreilles.
La vie peut désormais reprendre son cours.

Voilà pourquoi quand vous appelez un ami, un collègue, ou un proche, il y aura toujours ces 6 sonneries d'attente minimum avant que votre interlocuteur ne décroche.

Sachant qu'on aime bien s'appeler "juste pour dire un bonjour" ou pour des formalités, le téléphone sonne très souvent ici. Mais le plus intéressant reste quand même lors des réunions en entreprise où chacun peut de répondre sans quitter la pièce, là où le mode vibreur pourrait faire tant de bien...
Je n'ai jamais vu quelqu'un raccrocher au nez de son interlocuteur ou ne pas répondre. Il n'est jamais importun d'appeler, ni de décrocher, et ce, quelle que soit la situation.

Enfin, une autre particularité du téléphone, mais le fixe cette fois-ci ;à plusieurs reprises, j'ai constaté que le moment de décrocher le téléphone était important. Ainsi on privilégie de décrocher le combiné pendant une phase de sonnerie et non pas pendant le silence qui les sépare...

dring



mardi 1 septembre 2009

Une partie de brousse

Indiana ne portait pas encore son chapeau mais je voyais qu'il en trépignait d'impatience. Et Joe dans tout ça, qu'est-ce qu'il pouvait en penser ? On ne le sut jamais. En tout cas j'affûtais ma lame en attendant que la poussière retombe. C'était un mardi, il y a quelques jours de cela...





On était là comme des cons à se demander ce qu'on allait bien pouvoir faire de notre week-end.
Jusqu'à ce qu'il y en a un qui propose (Indiana);
- visite d'un parc national.
OK proposition validée.
Nous voila donc dans une forêt qui ressemble en bien des points à une forêt classique dans ce pays si l'on ne nous avait pas dit que c'était un parc national. (Non loin d'Abidjan).
Première étape : arrivée à un "petit village" -> deux bâtiments qui se battent en duel au beau milieu de la "zone tampon" c-à-d pas encore dans le parc à proprement parler mais pas non plus dans la civilisation. On a fait environ 30 minutes de piste quand même pour y accéder. Heureusement d'ailleurs qu'on a fini par arriver car la nuit est tombée d'un coup.

Nous sommes maintenant entrain de déballer nos affaires.
C'est sympa, les bâtiments ne sont pas en ruine ; on va pouvoir dormir dedans et accrocher nos moustiquaires. (comme des bons toubabs qui craignent les petiteuh bêteuh)
Indiana en plus de son chapeau s'était vêtu d'un ensemble baroudeur/aventurier. Il ne lui manquait plus que le fouet ou le lasso.
Déjà les personnes qui nous accompagnent préparent le feu. On va pouvoir se faire un pti barbecue. Ah c'est chouette.
Un peu plus tard, après le dîner, je m'éclipse quelques secondes pour aller voir autour des cabanes accompagné de ma seule lampe torche. Des lucioles et des vers luisants m'accueillent, ce qui confère à la scène un caractère surréaliste : je me crois dans un pays enchanté. Les bruits de mes camarades se fait de plus en plus distant au fur et à mesure que je m'éloigne, et c'est la rumeur grandissante de la brousse qui pénètre dans mes oreilles. C'est incroyable ce bruit de fond. On dirait que la brousse toute entière se réveille pendant la nuit. On entend comme un sifflement très strident et continu, sûrement produit par toutes ces petites bestioles qu' on a la joie de trouver dans la forêt. Il est nécessaire d'ajouter à cela des "sons" et autres "bruits suspects" franchement indescriptibles mais qui font étrangement peur. "Ca pourrait être une grosse bête comme le souffle du vent sur un arbre" me dis-je...
Pourtant il n'y a pas de vent...
Je fais encore quelques pas en direction de l'obscurité. C'est assez effrayant de ne pas savoir où l'on pose le pied. Par peur je reste sur place et n'ose avancer plus. J'écoute, je regarde. Puis je rentre au camp.

Une fois revenu près du foyer, je demande à mes camarades s'ils souhaitent m'accompagner pour une petite excursion en "nocturne". Bizarrement, plusieurs d'entre eux semblent intéressés par cette idée à la con. Nous sommes donc trois à progresser sur le sentier que je n'ai osé dépasser tout à l'heure.
Nos guides/accompagnants/gardes du corps sont restés au campement, de même qu'Indiana qui préfère surveiller les merguez, quelque fois qu'il y en aurait une qui ait l'idée folle et subite de sauter hors de sa barquette en polystyrène.

Nous sommes donc 3 sur le chemin. Moi, je suis en dernière position du groupe, peut-être un réflexe de conservation. Un dernier regard en arrière pour voir au loin la lueur des braises qui diminue doucement. Puis nous plongeons dans l'obscurité.

Personne ne dit mot. On avance doucement. Puis je sens un imperceptible picotement dans ma jambe. "tiens c'est étrange" me dis-je intérieurement. Puis un autre picotement suit le premier. Je me frotte la jambe machinalement en me disant qu'il doit y avoir des orties dans le coin. Mais ma main n'effleure que mon jean qui semble intact du côté extérieur. Quelle est donc cette sensation bizarre. Ces picotements commencent à se faire agaçants car c'est maintenant non plus 1 ou 2 mais bien 10 petits pincements que je ressens tout au long de ma jambe gauche. Puis ce phénomène se répand sur l'autre jambe. Même scénario : d'abord très faible et localisé les piqûres se font de plus en plus fréquentes et insistantes tout en remontant le long de la jambe. Après avoir commencé au niveau du tibia, ces petits pics remontent doucement vers les cuisses. Je commence à croire que cette forêt est habitée par quelque esprit malicieux ...
- Eh les gars, vous sentez pas une drôle de sensation dans les jambes ?
- oh si putain
- ah vous aussi, donc ce n'est pas moi qui délire...
- Bon moi je rebrousse chemin.
- Bonne idée (on n'a parcouru que dix mètres à tout casser)
- Raaa ça continue de me piquer et de monter
- MOI AUSSI (nous pressons le pas)
- RAAAAAAAa ça me pique au ventre maintenant (nous commençons à courir)
- ahhhh putain moi je cours
- SAUVE QUI PEUT
- […]
Nous courons à présent chacun à grande vitesse pour rentrer au campement.
- Ah ça me pique de partout c'est quoi ce délire,
Et c'est la qu'on a trouvé la réponse à toutes nos questions. LES MAGNANS
On était accompagné de personnes connaissant un peu mieux le pays, la forêt et la culture locale (puisque ce sont des ivoiriens).
Et là ils nous ont dit que ces "symptômes" étaient ceux des fourmis magnan.
"Vite il faut enlever les vêtement" nous dit l'un d'entre eux.
J'aime pas trop me dénuder en public mais, dans ces cas là, pas trop le temps de temps de tergiverser. Ni une ni deux nous voilà tous trois en caleçon avec les autres de la horde qui nous enlève les fourmis qui sont littéralement plantés dans notre peau. Il faut tirer dessus pour les enlever. C’est bien planté dis donc. Ca piquait partout, dans les chaussures, le pantalon, le ventre, le dos, et même les bras, (heureusement qu'elles ne sont pas allées dans le caleçon)
Puis petit à petit les picotements se font de rares. Chacun vérifie ses vêtements avant de les enfiler à nouveau. Je vois avec dégoût mes chaussures qui sont encore infestées de ces petites bêtes à six pattes qui aiment planter leurs mandibules dans l'épiderme d'une créature vivante passant sur leur chemin. Je les tape contre le sol jusqu'à ce qu'elles soient vides. pfffou.
Après tant d'émotion, et sachant qu'on allait se lever très tôt le lendemain, nous partîmes nous coucher pour une (courte) nuit bien méritée. Mais même dans le lit on a entendu des phrases du genre "ah putain yen a encore une dans mon dos" ou "ah ça ma gratte" mais sans trop de gravité.

Le lendemain (et à la lueur du jour) on a regardé d'un peu plus près l'endroit de la rencontre avec notre ennemi invisible. Une colonne de fourmis traversait le chemin, en ayant creusé son propre passage. Impressionnant.

Les magnans font partie du groupe des fourmis légionnaires. Il parait qu'elles peuvent tuer de grosses bêtes, et même jusqu'à un éléphant voire un homme. En effet elles passent à l'intérieur du corps par une ouverture (je ne fais pas de dessin) et vous bouffent de l'intérieur..................... charmant programme.
Le lendemain on a fait une petite excursion dans la forêt et si on n'a pas vu grand chose, on en a entendu beaucoup. Je laisse quelques photos.


Là où on a dormi


Oui on n'avait pas l'air con....







ouarf

Sympa ce que l'on peut trouver dans la nature

Cette plante est utilisée en tisane ou décoction
pour les personnes diabétiques




Effectivement le panneau d'accueil et de bienvenue (Akwaba) date un peu

Les 3/4 du parc sont marécageux

Indiana qui prépare et cuisine le gibier (des saucisses du supermarché)


un 999pattes, ah non pardon un millepattes.

Paraît-il qu'il y a un crocodile qui dort la dessous...

J'me disais bien que ça me grattait au nez depuis tout à l'heure


La trace que fait une colonie de fourmis magnan...

Termitière


Ca, je ne sais pas ce que c'est.


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Sur le chemin de l'aller :

On retrouve souvent des personnages noirs célèbres au dos des gbakas, sur celui-là le président des États-Unis, des fois on voit un gars d'une émission 24H (david palmer)....
A noter : la chèvre qui effectue le voyage sur le toit....




papayer



Scène de vie : les femmes ramènent du bois


Enfin : je vois que personne ne laisse de commentaires ces temps-ci, pensez à laisser un mot ça fait toujours plaisir.

jeudi 20 août 2009

J'bouffais du pneu...


Cette photo me plaît.

Quand je suis arrivé sur la terre des éléphants : cette rangée blanc-rouge n'existait pas. Et si je me rappelle bien, le terrain situé entre le muret et la route était laissé à l'abandon. La photo me plaît car elle montre l'ingéniosité et la créativité des ivoiriens en matière de recyclage. Qui aurait pensé à faire une clôture avec des pneus ? Repeints en rouge et blanc qui plus est. Retraçons un peu le cycle de vie de ces pneus. On va admettre que certains d'entre eux sont des michelin. J'ai des amis qui travaillent dans l'hévéa, non loin d'Abidjan. Ils m'ont un peu expliqué un peu comment ça marche... De l'hévéa (ou aussi appelé arbre à caoutchouc) on extrait le caoutchouc (sans blague?)
Imaginons ainsi la vie de la petite molécule de caoutchouc. Elle est une subtile combinaison des
éléments nutritifs du sol et du milieu sur lequel a poussé l'arbre (matière organique plus quelques arômes et épices locales...) Les éléments ont été puisés par les racines. L'hévéa, grand savant et sorcier de son espèce a su doser parfaitement et trouver la recette magique pour que le produit final, soit de la sorte du latex. Ce produit est pour le feuillu une résine plutôt qu'une sève. Elle lui sert plus ou moins de défense.
Ainsi nait notre petite molécule de caoutchouc.
Un mec vient par la suite faire une entaille sur le tronc de l'arbre (une saignée) puis le liquide s'écoule dans la tasse. Après quelques jours / heures on peut récupérer le fond de tasse avec nos
petites molécules qui chantent gaiement. Et c'est parti pour l'aventure.
Une fois ramassés, ces fonds de tasse se retrouvent à l'usine (où ils ont perdu leur couleur
blanchâtre au passage pour du brun/noir, en raison de l'oxydation à l'air) où ils subissent bon
nombre de transformations et de bains. Ce procédé sert surtout à laver le caoutchouc et le
séparer de toutes ses impuretés. Ensuite le produit fini à la sortie de l'usine est presque pur
et peut être envoyé en Europe, ou en occident.
Mais où exactement ?
Ben disons que les cartons de latex comportant notre chère molécule prennent le bateau et qu'ils arrivent à Marseille ou le Havre (ou Dunkerque soyons fou) puis qu'ils se retrouvent à Clermont-Ferrand dans cette bonne région "Auvergne". Puis hop après encore quelques étapes de transformation (que je ne connais pas) on en sort des pneus. Ils seront utilisés pour l'industrie automobile. Notre molécule est maintenant durcie et fait partie intégrante d'un pneu. Elle vient participer au bon fonctionnement de la voiture en amortissant les petits chocs et en créant une certaine adhérence utile pour le freinage.
Et par le fruit du hasard, (les aléas de la vie diront certains), il arrive que le véhicule se
retrouve en Afrique pour une raison x ou y. On retourne presque à la case départ. Ici en Côte
d'Ivoire, le pneu sera utilisé jusqu'à son dernier souffle. En raison des nombreux trous sur la
route (on a encore crevé ce week-end) il sera réparé à souhait, rechapé, gonflé avec je ne sais
quoi autant que possible. Et ce n'est que vraiment quand toutes les solutions auront été usitées pour le maintenir en vie, et qu'aucune d'entre elles ne fonctionnera que l'objet en gomme sera délaissé. Plus de repreneur, plus de valeur (enfin presque) plus appareillés, les pneus sont utilisés en décor. Rouge et Blanc, deux belles couleurs qui rappellent à la fois les courses automobiles (les pneus aussi d'ailleurs) ou bien Monaco, (ou la Pologne...)
Dès lors notre latex et notre chère molécule pourront être fiers d'avoir si bien voyagé au cours de leur vie (la brousse ivoirienne, l'usine de transformation, le port d'Abidjan, le port de Marseille, Clermont-mont-Ferrand, 100 000 km à tourner et tourner en Europe puis remis sur une voiture en mauvais état, traversées de pays vers le sud: Espagne, Maroc, Mauritanie, Mali, puis enfin Côte d'Ivoire , ou alors bateau en sens inverse, puis encore des dizaines de milliers de kilomètres et enfin l'immobilité. Le retour vers sa mère la terre, à demi enfoui et badigeonné de rouge ou de blanc. Retour sur ses terres natales pour un repos serein et bien mérité.
C'est pas mal non ? (Évidemment, sachant que la côte d'ivoire ne produit qu'une partie infime du
latex dans le monde et que tous les pneus ne finissent pas en Afrique il y a peu de chance pour
que la molécule retrouve son pays d'origine, mais tout est possible, et on ne sait jamais.)
Et puis cette déco ça donne un petit côté sympathique à cette zone industrielle...
Je me rappelle quand cette "clôture" était en cours de construction. Un jardinier était affairé
à creuser des trous pour planter les pneumatiques. J'ai alors demandé à mon compagnon si les
initiateurs de ce projet espéraient ainsi voir pousser des arbres à pneu... Ça l'a fait rire. Il
a dit que j'étais méchant.

Quand on voit les objets qui sont utilisés dans tous les sens et bouffés jusqu'à la moelle, et
réutilisés infiniment je me dis que de ce point de vue là, l'Afrique est vraiment un pays
"durable" et a beaucoup à nous apprendre. Biensûr il n'existe aucune loi qui va dans ce sens (ou
elles ne sont pas appliquées ce qui revient au même) et c'est plus par nécessité que ce
phénomène existe mais ça donne à ce continent un petit côté génial. En occident on chercherait
plutôt à acheter un palissade flambant neuve toute fade "chez un faiseur de palissade et de
clôtures" puis on ferait poser ça uniformément pour qu'elle ressemble à celle du voisin.
-Toujours acheter-.
Mais ici, comme il n'y a pas forcément les moyens (ou qu'on veut les consacrer à autre chose) et bien on choisit une autre solution. Plus voyante, plus économique, plus locale...Et même si elle n'était pas forcément acceptée en Europe cette clôture de pneus, je trouve qu'elle est à sa parfaite place à cet endroit et à ce moment-là.

CCL -> Voilà pourquoi la petite molécule de caoutchouc peut être fière d'elle.


La semaine prochaine, nous suivrons les aventures d'Indiana Jones en forêt. À bientôt.

mardi 11 août 2009

Sorties du grenier

J'avais fait une troisième page sur la capitale, après la visite. Mais j'avais oubliée de la publier, du coup, si vous voulez la voir, elle est intercalée entre "y.....o partie 1" et "Y partie 2" et elle s'appelle Y suite !
Concrètement : il vous faut "descendre" jusqu'au bas de la page.
Bon visionnage